Les poches du mois : Ça raconte Sarah – La bombe

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Le poche du mois

« Ça bat à mes oreilles, à mes poignets, ça bat dans mon sexe et au fond de ma gorge. Je ne suis plus qu’une pulsation, mon corps entier bat la mesure, une cadence affolée, un truc virtuose. Trois nuits, je crois. Le jour va peut-être finir par se lever. J’ai tellement soif. Je n’ai plus mal nulle part. Je ne sens plus rien. Je ne vois que du rouge, derrière mes paupières closes, des formes rouges qui clignotent en rythme. Systole, diastole, systole, diastole, systole, diastole, choubam choubam choubam, comme ça, de plus en plus vite, chhhoubam chhhoubam chhhoubam, de plus en plus vite, de plus en plus vite, de plus en plus vite, comme un air qui se perd dans la pénombre. »

La narratrice de ce roman n’a pas de prénom. Elle est professeur et mère d’une petite fille dont le père est parti sans crier gare. Elle vit une histoire avec un garçon, mais sans grande conviction, se considérant dans une période de latence et évoluant dans une sorte de brouillard. Et puis il y a cette fête, et cette femme qui déboule, un peu vulgaire, bruyante et fantasque, mais terriblement belle. Très vite, les deux femmes échangent des messages, sortent dans les bars. Sarah lui dit « je crois que je suis amoureuse de toi », et c’est le début d’une passion folle. Une passion qui emporte tout sur son passage, qui dévore, qui illumine et qui épuise, comme le sait si bien le faire l’amour dingue. Jusqu’à la chute. Celle qui mènera la narratrice en Italie dans la deuxième partie du récit…

Ça raconte Sarah est un tourbillon d’émotions, la logorrhée magnifique d’une femme qui se réveille à l’amour sauvage et bascule en faisant vibrer nos sens par l’art de la description poétique. Un premier roman d’une belle maîtrise, dont l’écriture percutante nous entraîne dans les tréfonds d’une âme perdue, sensible, bouleversée et bouleversante.

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-AllardDouble minuit, Les éditions de Minuit

Camille

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la-bombe-Franck Harris

 

Le poche du fonds

 

«Plus d’une fois, j’arpentai les rues jusqu’à l’aube, hébété, abruti par le froid et la faim ; plus d’une fois, la bonté d’une femme ou d’un ouvrier me ramena à la vie et à l’espérance. Seuls les pauvres aident les pauvres. Je suis descendu dans les bas-fonds et je n’en ai pas vraiment rapporté certitude plus ferme que celle-là.»

Rudolph Schnaubelt, jeune érudit allemand, découvre à son arrivée à New-york les conditions de vie misérables des travailleurs étrangers: des hommes, des femmes et des enfants, sans le sou, exploités, humiliés, mutilés. Après un rude premier hiver, il part pour Chicago où, devenu journaliste , il  écrit toute son indignation face à l’exploitation ouvrière et aux conditions de travail désastreuses. Il noue alors des liens avec les récents mouvements socialistes et syndicalistes, notamment avec le charismatique anarchiste Louis Lingg, puis s’engage dans les luttes sociales, jusqu’aux fameux événements de mai 1886 à Haymarket Square et cette bombe qu’il lancera, aboutissement tragique des violentes répressions policières subies.

Sans oublier la jolie Elsie, et leur amour passionné, sacrifié, qui rend son combat d’autant plus déchirant.

« Je ne peux croire qu’en ce monde se perde le moindre acte désintéressé, que la moindre aspiration, le moindre espoir, s’éteigne sans laisser de trace. Au cours de ma brève existence, j’ai vu semer la graine et récolter le fruit et cela me suffit. Nous serons sans doute méprisés et traînés dans la boue par les hommes, du moins pendant un certain temps, parce que nous serons jugés par les riches et les puissants, et non par les pauvres et les humbles, pour lesquels nous avons fait don de nos vies. »

La bombe, premier roman de l’écrivain américain d’origine irlandaise Frank Harris, paru en 1908 et seulement traduit en 2015 aux éditions La dernière goutte, est une œuvre intense et passionnante, tableau d’une autre époque et cependant d’une actualité étonnante. Depuis mon arrivée au rayon poche il y a plus de deux ans, c’est LE titre que j’attendais avec impatience. Enfin le voilà, et dans la collection biblio en plus, avec les plus renommés! Quand on vous dit que ce roman aurait dû être un grand classique depuis plus d’un siècle…

La bombe, Frank Harris, collection biblio, Le livre de poche

Denis

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