Spécial fête des pères – Trois hommes dans le siècle : L’homme qui n’est jamais mort – L’audacieux Monsieur Swift -Les vents noirs

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L’homme qui n’est jamais mort – Olivier Margot

« Matthias Sindelar est un artiste et un footballeur professionnel. Pour lui, le football est une passion, une raison de vivre, un élargissement du monde sensible. Il vit son âge d’or dans des années de plomb. Nulle désespérance chez cet homme qui a vécu l’existence d’un prolétariat qui croit à l’avenir. Mais les signes et les nuées s’accumulent et il va falloir jouer dans le pressentiment de la catastrophe, dans l’imminence toujours renouvelée des matches à gagner, des victoires sportives nécessaires. Matthias Sindelar est un héros dans la confusion des temps.»

Le 23 janvier 1939 meurt, dans des circonstances plus que troubles, le Mozart du football. 15 000 personnes assisteront aux funérailles de celui qui est toujours considéré comme « le plus grand joueur de football autrichien de tous les temps ». C’était un virtuose et un seigneur qui aimait plus que tout l’Autriche, Vienne et sa culture. Ami d’intellectuels éclairés, joueur respecté et admiré par ses pairs, footballeur adulé par les foules, il resta jusqu’à sa mort, à trente-cinq ans à peine, un homme simple et humble qui refusa de courber l’échine devant l’adversaire même, et surtout, quand celui-ci s’appelait Hitler. Plus de quatre-vingts ans après, le courage dont il fit preuve en 1938 face à l’équipe allemande et son immense talent sont toujours salués par les Autrichiens qui se recueillent sur sa tombe le jour de sa disparition.

   L’Homme qui n’est jamais mort  n’est pas la biographie d’un sportif. C’est le portrait vivant et vibrant d’un homme qui, s’il avait conscience de son talent unique, jamais ne pensât agir en héros. Un homme de son temps, fils d’émigré moldave, gamin des rues intelligent et doué qui assiste au naufrage de l’Empire austro-hongrois. Olivier Margot raconte avec une sincère émotion, et un vrai talent d’évocation, les derniers feux d’une Vienne éblouissante, phare de la culture européenne . Je mets au défi le lecteur de ne pas avoir le cœur serré à la lecture de la lettre que Philip Roth adresse à ses amis du Café Central de son exil parisien. Ce roman est un hymne à la culture, à l’intelligence et au courage. Après avoir refermé ce roman, il m’était impossible de ne pas convoquer le souvenir ébloui de ma lecture d’un autre livre sur un sportif contemporain, son presque double, de Matthias Sindelar. Courir  de Jean Echenoz qui narre la carrière époustouflante et broyée par la politique d’ Emil Zatopek, première légende du sport tchèque. Je précise que je n’ai aucun goût pour le sport en général et les sportifs en particulier, mais les écrivains sont des magiciens qui nous ouvrent les yeux et le cœur sur ce qui est censé ne pas nous intéresser…

Véronique

L’auteur : Olivier Margot a été rédacteur en chef à L’Équipe et à L’Équipe Magazine durant 25 ans. Il est notamment l’auteur du Temps des légendes, paru aux éditions JC Lattes en 2017 (Source JC Lattès).

L’homme qui n’est jamais mort, Olivier Margot, JC Lattès

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L’audacieux Monsieur Swift – John Boyne

Audacieux, Monsieur Swift l’est incontestablement. Pas tout à fait dans le sens de brave ou courageux ainsi que le définit, dans un premier sens, le Petit Robert. Monsieur Swift correspondrait plutôt au troisième sens: arrogant, effronté et insolent. C’est surtout un arriviste manipulateur remarquablement intelligent et dénué de tout affect.

Parfaitement conscient de son charme, sûr de lui, Maurice Swift fait ce qu’il veut de qui il veut. Enfin, presque…Parce que inévitablement, du moins l’espère-t-on, se dressera sur sa route une personne plus perspicace, plus aguerrie, ou simplement plus rouée, que lui. Quand John Boyne se saisit du sujet, moult fois traité, du jeune homme ambitieux, beau comme un dieu, qui séduit un homme mûr malheureux, qui plus est porte un lourd secret, celui-ci prend une tournure assez fascinante. Les subtilités psychologiques, les qualités stylistiques, l’humour corrosif et une intrigue parfaitement menée font de ce roman une réussite. Maurice Swift est un aspirant écrivain qui veut faire partie des plus célèbres. Son premier roman devient rapidement un best-seller salué par la critique, mais, si l’homme est comblé, l’écrivain est secrètement plus inquiet. Pour cet auteur prometteur, le syndrome de la page blanche est une cruelle réalité, une insulte faite à son intelligence. Faute d’inspiration littéraire, son instinct infaillible de chasseur le guidera vers les personnes qui lui permettront, coûte que coûte, d’accéder à cette reconnaissance tant rêvée. « Est-il possible d’aimer quelqu’un si votre intérêt premier est de savoir comment s’en servir? L’appât du gain et la culpabilité qui en résultent sont-ils un obstacle à d’autres émotions? On peut certes prouver que même les gens les mieux assortis ont été au départ attirés selon le principe de l’exploitation mutuelle: sexe, abri, satisfaction de moi, mais c’est là encore chose triviale, humaine. Entre cela et se servir véritablement de quelqu’un, il y autant de différence qu’entre des champignons comestibles et des champignons vénéneux. Des monstres à l’état pur» écrivait Truman Capote dans Prières exaucées. Un regard certes très cynique et désenchanté, Truman Capote était un provocateur, mais qui résume assez bien  Maurice Swift. Le narrateur de Prières exaucées est un écrivain raté qui vit, non de son charme vénéneux, mais de son humour que les nantis qu’il distrait trouvent délicieusement décadent. John Boyne est bien trop talentueux pour que cette troublante ressemblance soit fortuite, d’autant que son roman est une photographie crue et saisissante du milieu littéraire anglo-saxon «branché» des années 1950/1970…

Jusqu’à quelle marche du succès Maurice Swift accédera-t-il? Trébuchera-t-il? Qui manipule vraiment qui?

 Dérangeant et grinçant (certains dialogues, avec Gore Vidal en particulier, sont des morceaux d’anthologie), intrigant, machiavélique et fascinant, le roman de John Boyne nous ensorcelle, nous agace et nous enchante.

Véronique

L’auteur : John Boyne est né en Irlande en 1971. Il est l’auteur du célèbre Garçon en pyjama rayé (Gallimard Jeunesse, 2006), qui s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires dans le monde. Son dernier roman, Les Fureurs invisibles du cœur a été vivement salué par la critique et les libraires (Source JC Lattés).

L’audacieux monsieur Swift, John Boyne (traduit de l’anglais – Irlande – par Sophie Aslanides), J-C Lattès

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Les vents noirs – Arnaud de la Grange

  Le titre m’a tout de suite attirée, plus, aimantée: Les Vents noirs, une promesse d’aventure, de passion, de tragédie et de poésie. Mon intuition ne m’a pas trompée. Les Vents noirs m’ont saisie et emportée. Deux ans après l’avoir lu, ce roman  me trouble, me transporte et m’habite toujours. Peut-être parce que j’y ai d’abord retrouvé l’accent du grand Kessel avec qui j’avais pris le Transsibérien pour la première fois et qui m’avait raconté des histoires ensorcelantes et terrifiantes sur la Russie. Surtout parce que Arnaud de La Grange m’y a ramenée en 1918. J’ai oublié Kessel quand j’ai rencontré le lieutenant Verken, rescapé de la Grande Guerre, engagé volontaire dans un conflit qui ne le concernait pas. « Élancé, long sans être grand. Un corps habitué au désordre. Des traits saillants et graves, qui pouvaient s’adoucir de désarmante manière sous le coup d’un sourire. (…) Sa démarche flâneuse avait toujours eu le don d’agacer ses supérieurs. Ces derniers sentaient qu’ils n’avaient pas de prise sur cet homme. Non parce qu’il était de marbre, mais simplement parce qu’il se moquait de bien des choses. En premier lieu du grand carnaval qui se jouait autour de lui». Un homme ténébreux et solitaire, frère de Corto Maltese et de Lord Jim, rongé par des tourments secrets, l’âme lourde d’une culpabilité qui ne lui appartenait pas. Je l’ai immédiatement aimé. Mon cœur a hésité quand Alexandre Alessiev est arrivé à la tête de ses cosaques. «D’Alessiev on ne savait pas grand- chose. Ou plutôt, on en savait trop, trop de traits différents. On le disait mince comme une lame de sabre ou large comme un  poitrail d’étalon. On assurait qu’il avait perdu un œil au combat. Ou un bras. Ou la raison. Qu’il était trop doux pour être un chef, ou trop dur pour avoir eu une mère. Certains savaient qu’il avait trahi pour l’amour d’une insurgée. D’autres juraient qu’il serait le dernier à se battre contre les Rouges. Les descriptions variaient selon les lieux et les degrés d’ivresse des conteurs». Deux hommes dont l’Histoire a brisé l’insouciante jeunesse. Le taiseux et le flamboyant unis par une même soif d’absolu en une amitié sans faille. Deux romantiques sans illusion qui iront jusqu’au bout de leurs combats, sachant pertinemment que la folie les guette et que la Camarde n’aura pas à les attendre longtemps. Quand, très loin des plaines glacées de Sibérie, dans les immenses étendues écrasées de chaleur du  désert du Taklamakan, est apparue Victoria, j’ai frémi. Elle était la compagne d’un archéologue, sorte de Lawrence d’Arabie avant l’heure, que Verken était chargé d’arrêter. Quel destin aurait cette jeune femme, lumière dans les ténèbres, parmi ces hommes qui avaient perdu le goût du bonheur ? L’amour qu’elle porterait inévitablement au lieutenant français le sauverait-il de lui-même?

Aventure, passion, tragédie et poésie…Promesse tenue. Arnaud de La Grange signait un premier roman époustouflant, porté par une écriture vive, incisive et évocatrice, celle du grand reporter qu’il fût dans ces contrées lointaines à l’histoire méconnue. Son roman est une épopée sublime et où faits historiques et fiction se mêlent habilement, emportant le lecteur dans un tourbillon d’émotions.

Les livres se répondant l’un l’autre, je vous suggère de lire un autre roman tout aussi saisissant et inoubliable: Un Acte d’amour de James Meek paru aux Éditions Métailié. 1919, Le Transsibérien, les Rouges, les Blancs et l’histoire (vraie) d’une légion tchèque prise en étau. «Le charme des grands romans russes au rythme d’un thriller moderne».

L’auteur : Arnaud de La Grange est un journaliste, grand reporter et écrivain français.

Les vents noirs, Arnaud de la Grange, JC Lattès

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