Les poches du mois : My absolute darling – Les gens dans l’enveloppe – Un an dans la vie d’une forêt

my absolute darling

Le poche du mois

« Turtle conserve en elle une part secrète et dissimulée de son être, à laquelle elle ne prête qu’une attention diffuse et dénuée de jugement, et quand Martin s’aventure dans cette part d’elle-même, elle joue au chat et à la souris, elle se replie sur elle-même presque sans un mot, sans se préoccuper des conséquences ; son esprit ne peut être pris par la force, Turtle est une personne tout comme lui, mais elle n’est pas lui, elle n’est pas non plus une part de lui. Et il existe des instants silencieux et solitaires où cette part d’elle-même semble s’épanouir comme une fleur nocturne… »

Turtle, 14 ans, habite dans une maison délabrée sur une côte isolée et sauvage de la Californie avec son père, qui l’a élevée après la mort de sa mère. Martin est un homme charismatique, lecteur de philosophie qui déplore la destruction de la nature. Turtle vit sous sa coupe. Sa seule échappatoire : les grandes promenades qu’elle fait dans les bois, armée d’un couteau et d’un fusil. Le jour où elle rencontre Brett et Jacob s’offre à elle la possibilité d’une nouvelle existence… Mais que faire quand on est sous l’emprise de celui avec qui on a grandi ?

« Il n’est pas toujours parfait ? répète Jacob. Turtle, ton père est un immense, un titanesque, un colossal enfoiré, un des pires qui aient jamais vogué sur les mers de verveine citron, un enfoiré de première dont les profondeurs et l’ampleur de l’enfoiritude dépassent l’entendement et défient l’imagination. »

Difficile de trouver les mots pour parler d’un texte aussi fort, d’autant plus quand il a déjà été encensé par la critique et les lecteurs et lectrices.

Huit ans, c’est le temps qu’il a fallu à Gabriel Tallent pour écrire ce livre. Avec finesse, sur fond de nature sauvage, il dresse le portrait psychologique d’un père et sa fille dont la relation malsaine est la clef de voûte de la narration, et montre habilement les ravages de la manipulation et les sentiments ambivalents qu’une victime peut ressentir pour son bourreau. Si le texte est sombre, quelques personnages viennent cependant l’éclairer de leur humanité, offrant des respirations bienvenues.

My absolute darling est un roman admirable : frappant, violent, mais qui laisse une place à la lumière. Un récit inoubliable.

My absolute darling, Gabriel Tallent, Gallmeister

Camille

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les gens dans l'enveloppe

Le poche du fonds

 » Les romans sont des abris où retrouver les disparus. Écrire, c’est construire leur refuge, assembler des branchages, bâtir des murs, préparer les lits, penser à la liste des courses et aux chansons que l’on chantera après le repas. C’est les attendre au bout du chemin, la nuit est tombée déjà, ils sont en retard.  »

Isabelle Monnin achète un lot de 250 photographies d’inconnus, qu’elle reçoit par la poste. Ce sont eux, les « gens dans l’enveloppe » : des inconnus à qui elle décide d’inventer une histoire. Elle prénomme Laurence la petite fille présente sur beaucoup de clichés ; sa grand-mère, Mamie Poulet, et met en scène des envies d’évasion, un départ en Argentine, un sentiment d’abandon, le tout avec une langue poétique. Son ami Alex Beaupain, auteur et compositeur, se dit « si on en faisait des chansons ? ».

Et puis, comme ça, Isabelle a envie de les retrouver, ces gens de l’enveloppe. Un clocher reconnu au coin d’une photo, une enquête qui commence… Et la rencontre, avec quelques troublantes coïncidences entre la fiction et la réalité, comme le fait que la fillette devenue maman se nomme Laurence dans la vraie vie. Le lien se crée entre la journaliste et ces inconnus qui ne le sont plus vraiment, au point que certains acceptent de chanter sur le disque…

« Où vont les secrets quand il n’y a plus personne à qui les cacher ? »

Avec ce livre hybride mi-fiction, mi-enquête, Isabelle Monnin et Alex Beaupain ont créé une merveille d’émotions, de mélancolie heureuse et d’humanité. Un conseil : attendez d’avoir terminé votre lecture avant d’écouter les chansons…

Les gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin & Alex Beaupain, Le Livre de Poche

Camille

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un-an-dans-la-vie-d-une-foret

 L’essai du mois

S’inspirant des mandalas des moines tibétains, le biologiste David G. Haskell va observer jour après jour pendant un an un mètre carré de nature niché dans une forêt primaire des Appalaches. Au fil des saisons, il nous raconte la vie des plantes, des oiseaux, des insectes, des fleurs, des arbres, des champignons, et dévoile au lecteur la façon dont ils interagissent tous ensemble dans ce microcosme verdoyant, et comment ils se sont équipés pour survivre à leurs prédateurs ainsi qu’aux aléas du climat.

« Un des résultats de mon observation du mandala a été de comprendre que c’est en leur accordant notre attention que nous faisons apparaître des endroits merveilleux, et non en trouvant des endroits « vierges » qui nous émerveillent. »

Dans une écriture limpide et poétique ; l’auteur nous révèle toute la richesse et la complexité de cet écosystème en constante évolution depuis des millénaires, ses capacités d’adaptation, et aussi sa fragilité. Sans être moralisateur, il s’adonne à quelques réflexions philosophiques sur la place de l’homme au cœur de cette nature. Comme lorsqu’il nous apprend que le système lumineux de la luciole transforme 95% de l’énergie nutritive en lumière, alors que nos lampes industrielles en gaspillent la majeure partie en chaleur…

« Mais la concurrence est déloyale. Je compare un nourrisson à un vieux sage. Nos lampes électriques ont à peine deux cents ans, et elles ont été mises au point dans un contexte d’énergie fossile et chimique abondante. Nous n’avons guère fait d’effort pour améliorer les prototypes de nos premières lampes. […] Par contraste, la conception des lucioles est le fruit de millions d’années de tâtonnements. L’énergie ayant toujours fait défaut aux coléoptères, ils ont mis au point une lanterne qui en gaspille peu et utilise comme combustible leur nourriture et non des substances chimiques extraites du sol. »

Un livre extraordinaire, à lire, à relire et à méditer !

Un an dans la vie d’une forêt, David George Haskell, Champs/Flammarion

Denis

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