Les poches du mois : Bakhita – Filles de révolutionnaires – L’orangeraie

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Poche du mois 

 

 

Ils ont gratté et éventré la terre et les arbres, ils vont vendre les hommes, les cornes et les peaux, le sel, la gomme et le cuivre. Par eux le monde a été saccagé, et Bakhita entend le bruit des masses qui cognent le bois pour faire des enclos, celui des bêtes et celui des hommes, prisonniers et innocents pareils. 

L’histoire de Bakhita est de celles qui ne laissent pas indifférents. Arrachée à son village du Darfour alors qu’elle avait à peine cinq ans, elle perd tout. Sa mère, son innocence, sa liberté… Tout jusqu’à son nom. C’est pour elle le début d’un long voyage en enfer, à travers l’implacable inhumanité de l’esclavage qui sévissait alors sur le continent en cette fin de siècle.

Asservie de corps et d’esprit, traînée d’horreurs en horreurs et de maîtres en maîtres, Bakhita survit ainsi pendant des années, jusqu’au jour où sa volonté refait surface et qu’elle dit non. Sauvée par le consul italien, immigrée dans ce pays de blancs, elle deviendra la « negrita », la noire libre et la chrétienne sainte, au prix d’un procès qui défrayera la chronique de l’Italie de l’époque.

 

Ils veulent entendre la différence, ils veulent aimer cet effort, aller vers elle comme on découvre un paysage dangereux, l’Afrique archaïque. (…)  Mais elle ne pourrait que les décevoir, parce que sa vie est simple et ses souffrances passées n’ont pas de mots. 

Un roman terrible, une « historia meravigliosa » qui semble plus grande qu’une seule vie, oscillant entre la terreur et l’espoir, sous la plume pénétrante et lumineuse de Véronique Olmi, qui signe là un livre poignant.

 

Ce qui se passe après, le saccage, être battue dehors et dedans, elle le connaît déjà ; c’est le gouffre sans fin, sans secours, c’est l’âme et le corps tenus et écrasés ensemble. Le crime dont on ne meurt pas. 

Marion

Bakhita, Véronique Olmi, Livre de poche

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L’essai du mois

 Il paraît que Mitterrand allait changer la vie. Mon père, pour soudoyer mon soutien, m’avait promis des poissons volants dans l’océan pacifique et la gratuité des jeux du jardin du Luxembourg. Les jeux sont toujours aussi chers et je n’ai jamais vu de poisson volant. La politique m’a très tôt déçu. 

Avec le recul de l’historienne et la curiosité teintée de reproches de la fille, Laurence Debray retrace l’étonnant parcours de ses parents, Régis Debray et Elizabeth Burges, deux fervents idéologistes révolutionnaires qui furent proches de Mitterrand, mais aussi de Castro, du Che… Puis accusés d’avoir trahi ce dernier. Elle revient sur le procès retentissant de son père, sur sa bravoure et ses bravades, sur le branle-bas de combat diplomatique engendré pour le sauver… Puis sur le retour et la difficile adaptation à la routine de la vie française.

Mon père sortait de la cuisine penaud et retrouvait avec soulagement ses livres et ses manuscrits qui eux, au moins, n’avaient pas d’état d’âme. Il anticipait un poulet trop cuit à dîner et une crise de larmes au coucher. Les veillées avec le Che en pleine jungle devaient être moins compliquées à gérer que ses soirées avec sa fille récalcitrante et sa cuisinière caractérielle. 

Bercée dans un monde où valsaient toutes les figures de la gauche et de la culture d’Amérique latine, Laurence grandit surtout dans l’ombre de héros, des parents plus prompts à l’idéologie qu’à la garderie.  À la fois acide et tendre, elle raconte son enfance (d’ailleurs peuplée de savoureuses figures féminines, sa mère et sa grand-mère au premier rang) et les multiples vies de ses parents.  

À travers ce récit parfois digne d’un polar politique cubain, elle nous embarque dans une époque où on croyait encore en un monde fraternel et égalitaire, quitte à donner sa vie pour cette juste cause. Une plongée dans une époque révolue où l’intellectuel français libertaire savait aussi démonter et remonter une arme en moins de trois minutes.

Marion

Fille de révolutionnaires, Laurence Debray, Livre de poche

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Le poche du fond

Le plus difficile, ce n’est pas de jeter la terre dans le trou pour le recouvrir, tu m’as vu, j’ai bien fermé le trou. Le plus difficile, c’est de chercher dans les débris. Ma mère, j’ai vu sa tête ouverte. Je ne reconnaissais plus la bonté de son visage. Du sang, il y en avait sur les murs percés, sur les assiettes cassées. J’ai ramassé avec mes mains nues les restes de mon père. Il y en avait beaucoup… Personne ne devrait avoir à faire ça. 

 

L’orangeraie. Ce havre paradisiaque planté au milieu des montagnes rocailleuses est soudain lui aussi rattrapé par l’horreur et l’absurdité de la guerre. Amed et Aziz, deux frères jumeaux de 9 ans, entendent cette nuit-là l’obus qui emportera la vie de leurs grands-parents, ainsi que leur enfance.

Un chef local, avide de vengeance, va convaincre le père des deux garçons de sacrifier l’un de ses fils en martyr. Qui de Amed ou Aziz portera la ceinture d’explosifs jusqu’au camp ennemi?

 

 Amed et Aziz tentaient d’imaginer l’impact au moment fatal.
– Tu crois qu’on va avoir mal? 

 

Un roman court, mais si dense, non situé,  mais si proche et terriblement actuel, à l’écriture sensible et bouleversante, qui aborde l’impensable, et pourtant : combien d’enfants sont  encore conditionnés et sacrifiés pour servir l’ignominie humaine ?

Prix des libraires au Québec, L’orangeraie est un conte tragique qui secoue les tripes. A lire absolument.

Denis

 L’orangeraie, Larry Tremblay, Folio 

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