Minuit à Atlanta – Thomas Mullen

Minuit à Atlanta

Peut-être avait-il vraiment changé. Pourtant, tous les autres aussi, mais à l’inverse. C’était la panique à cause de l’arrêt Brown, et le spectre de l’intégration imposée par le gouvernement, la retraite dans des bunkers d’opposants, la peur croissante qu’une attitude moins hostile à l’égard des Nègres mette en péril le mode de vie des États du Sud.

Le problème, c’est ce procès qu’on va avoir. C’est désolant de le dire, mais la manière qu’on avait avant, elle avait plus de sens. On les attrapait, on les pendait à un arbre et on en parlait plus. Je l’sais très bien, comment ça se passait, on me l’a raconté plein de fois. Cette fille qu’habitait à une ou deux villes de chez moi, dans le comté de Bibb, il lui est arrivé quelque chose, un jour, et le Nègre, ils l’ont lynché le lendemain et cette histoire on en a plus jamais parlé après.

Pendant sa carrière de policier, il avait rarement eu la chance de travailler avec des collègues blancs fréquentables.  À ce jour, les équipes blanches et noires relevant des forces de l’ordre d’Atlanta travaillaient chacune de leur côté. Les policiers noirs n’étaient autorisés à patrouiller que dans les zones noires de la ville, de telle sorte que si tout se passait bien, ils ne devraient être appelés en complément puisqu’ils étaient les seuls à pouvoir arrêter des criminels blancs. Presque immanquablement, les agents blancs étaient grossiers et méprisants, quand ils n’étaient pas ouvertement hostiles et ne se permettraient pas de multiples qualificatifs et des blagues racistes.

Smith ne se serait donc jamais attendu que, quand il quitterait la police, une de ses sources les plus utiles au sein des forces de l’ordre serait un blanc.

Ce troisième volet de la série sur la première brigade afro-américaine à Atlanta (1948) est encore plus historique et social que les autres. 

On ressent vraiment le quotidien des personnages, qu’ils soient Blancs (défenseurs des droits civiques, racistes convaincus ou plus libéraux) ou Noirs (ceux qui ont réussi socialement, qui combattent pour la justice ou qui sont victimes de violence).

Dans ce tome, on suit Smith, devenu journaliste (faute de pouvoir faire appliquer la justice en tant que policier), qui va être confronté aussi bien au capitalisme, communisme qu’au F.B.I. et à l’agence Pinkerton… On retrouve également le lieutenant McInnis, dont le travail a changé sa façon de voir les « Nègres ».

Mullen confirme son talent par une intrigue bien menée : aussi bien dans la vie des protagonistes que pour l’évocation de personnages historiques plus ou moins connus (Martin Luther King, Rosa Parks ou Emmett Till) et retranscrit toute la souffrance des Afro-américains de l’époque (1955) et le difficile changement des mentalités (surtout dans le sud des États-Unis), ne serait-ce que pour faire accepter la cohabitation dans la société, entre adultes et parmi les enfants (loi Brown pour la mixité raciale dans les écoles).

Laura

L’auteur : Thomas Mullen est un romancier américain, il a fait des études à L’Oberlin College. Minuit à Atlanta est le troisième tome qu’il consacre à la première brigade afro-américaine à Atlanta. Il fait suite à Darktown et Temps noirs.

Minuit à Atlanta, Thomas Mullen, Éditions Rivages

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