Les éditions Capricci

Face à une production foisonnante, difficile de dénicher la pépite qui fera de vos longues soirées d’hiver des moments de plaisir et de passion. En beaux-arts, nous avons eu envie de vous présenter des éditeurs plus confidentiels au travail discret mais d’une richesse incroyable. L’occasion pour vous, lecteurs, de découvrir ces passionnés qui se cachent derrière les petites maisons d’édition, et qui œuvrent toute l’année pour proposer des auteurs et des thèmes qui sortent de l’ordinaire.
 
 
En février, le 7ème art est à l’honneur ! Après vous avoir mis en avant les éditions Playlist Society en octobre dernier, voici un autre éditeur d’ouvrages autour du cinéma que nous adorons lire et défendre en librairie : les éditions Capricci, qui en plus de leur travail d’éditeur produisent et distribuent des films. Rencontre avec Camille Pollas et Maxime Werner, responsables du suivi éditorial des livres. Venez-vite découvrir leurs ouvrages à la librairie, nous sommes impatients d’en parler avec vous !
 
Qui se cache derrière les éditions Capricci?
 
D’abord, il faut dire que Capricci est un label cinéphile, qui regroupe trois activités : la production et la distribution de films, et l’édition de livres sur le cinéma. Depuis 2012, Capricci est également coéditeur du magazine Sofilm. C’est Thierry Lounas, un ancien critique des Cahiers du cinéma, qui dirige l’ensemble des activités de Capricci, avec une attention particulière pour la production puisqu’il est avant tout producteur.
 
Au pôle éditions, nous sommes deux : Camille Pollas, qui en est le responsable, et Maxime Werner qui assure le suivi éditorial des livres.
 
Comment sont-elles nées?
 
Capricci a été fondé en 1999 par Thierry Lounas, Farid Lounas, Emmanuel Burdeau et François Bégaudeau. C’est à l’origine une société de production et de distribution, dont l’idée était d’aider et d’accompagner des cinéastes dont nous aimons le travail (comme Jean-Marie Straub, Albert Serra, Abel Ferrara, etc.), et de distribuer en salle des films rares, inédits, méconnus (par exemple le rarissime Numéro zéro de Jean Eustache, ou Ice et Milestones de Robert Kramer). Les éditions sont nées après coup, en 2007, comme un prolongement logique à cette mission, avec l’idée de multiplier les angles d’approche : livres d’entretiens, documents inédits, essais critiques, écrits de cinéastes, traductions… Progressivement, on s’est mis à éditer des DVD, principalement des films que Capricci avait déjà distribué en salle, mais pas seulement, comme ce fut le cas en 2016 avec un coffret DVD Intégrale des films de Jacques Nolot.
Tout cela pour nous va ensemble : produire des films, les montrer, publier des livres qui parfois les accompagnent, ou qui peuvent entrer en écho avec eux… C’est un tout.
 
Comment sélectionnez-vous les auteurs/thèmes ?
 
Beaucoup de nos auteurs viennent du milieu de la critique, qu’on connaît bien. On a noué avec eux des liens de fidélité, et depuis 10 ans que les éditions existent, certains sont devenus des collaborateurs réguliers. Parfois, ce sont eux qui nous proposent des projets, parfois c’est l’inverse. Un livre peut se faire en raison d’une actualité particulière (une rétrospective de tel cinéaste, par exemple), ou bien, à l’inverse, on cherche (en mettant à profit notre activité de producteur/distributeur) à créer un événement pour accompagner un livre que nous éditons.
Il y a aussi des collaborations plus ponctuelles, avec des noms prestigieux qui ne viennent pas du cinéma, comme Jacques Rancière, Laurent Mauvignier, Philippe Cassard ou encore Peter Szendy. Et nous sommes très attentifs aux jeunes auteurs, critiques, journalistes, etc. Plusieurs d’entre eux ont publié leur premier livre chez nous. 
En réalité, il y a moins une ligne éditoriale au sens strict qu’une recherche d’écritures singulières, avec parfois une sensibilité littéraire, même dans les livres qui relèvent d’une approche plutôt journalistique. Concernant le choix des sujets, on est à l’image de la cinéphilie aujourd’hui : très éclectique. On peut sortir le même mois un livre collectif sur le cinéma de Marguerite Duras et le guide très drôle et grinçant de Joe Eszterhas (le scénariste de Basic Instinct) sur comment devenir un scénariste à succès à Hollywood. Tout peut nous intéresser a priori, Philippe Garrel aussi bien que Pixar, les séries comme le cinéma. C’est surtout l’approche qui compte, même si nos goûts personnels entrent bien sûr en ligne de compte. On essaye de maintenir une ligne exigeante, avec des livres parfois difficiles (en raison du sujet, ou bien du style d’écriture), et d’autre plus porteurs, mais qui correspondent toujours totalement à ce qu’on aime.
 
Quels sont les projets en cours?
 
Le mois de février illustre bien la réponse précédente, puisque vont paraître le même jour un petit essai de Jérôme Momcilovic sur le cinéma de Chantal Akerman, et un livre d’entretiens de Judd Apatow avec les grands noms de la comédie américaine actuelle. En avril, il y aura le tome 2 des Maîtres d’Hollywood, où Peter Bogdanovich interviewe Hitchcock, Preminger, Lumet et bien d’autres, et qui fait suite au tome 1 paru le 18 janvier. En mai paraîtra le premier essai en France sur Isabelle Huppert, par une jeune critique, Murielle Joudet. En juin, il y aura l’autobiographie de Roger Corman dont le titre, traduit littéralement, est assez éloquent : Comment j’ai tourné cent films à Hollywood sans jamais perdre un centime. Ensuite, les projets ne sont pas encore tous calés pour le second semestre, mais on peut d’ores et déjà vous annoncer que paraîtra une traduction de The Devil Finds Work, un très beau texte inédit en France de James Baldwin sur son rapport au cinéma.
 
Côté DVD les prochains titres seront : Ikarie XB 1 de Jindrich Polak, L’Intrusa de Leonardo di Costanzo, Seule sur la plage la nuit de Hong Sangsoo, 9 Doigts de FJ Ossang… Et bientôt une édition DVD/Blu-ray en version restaurée d’un film d’animation de Jacques Colombat, Robinson et Cie.
 
Quels coups de cœur ces derniers temps (Livres, cinéma, art…) ?
 
 
La saison 3 de Twin Peaks a été un bel événement, un petit livre d’Hervé Aubron est d’ailleurs en préparation chez nous sur le sujet, mais il a pris un peu de retard. En littérature, si le livre n’est pas récent puisqu’il a été traduit en 2005 chez Christian Bourgois, un très beau roman de l’écrivain et critique argentin Alan Pauls : Le Passé. En art, les derniers jours au Centre Pompidou de Paris du fauviste André Derain.


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