Rivage de la colère – Caroline Laurent

rivage-de-la-colère-caroline-laurent

Caroline Laurent n’est pas une inconnue pour les lecteurs qui l’ont découverte avec « Et soudain la liberté », coécrit avec Evelyne Pisier – disparue avant d’en avoir achevé l’écriture – qui connut un grand succès et est aujourd’hui traduit en plusieurs langues. La voilà seule cette fois et le moins qu’on puisse dire est qu’elle confirme un talent d’écrivain qu’on pouvait déjà déceler dans son précédent ouvrage. Rivage de la colère est un roman qu’il est non seulement impossible à lâcher pour sa trame romanesque, mais qui petit à petit entraîne le lecteur au cœur d’une tragédie qui, hélas ne relève en rien de la fiction et est toujours d’actualité.

L’Archipel des Chagos, situé entre les Iles Maldives et l’Ile Maurice, dans l’Océan Indien, fait partie du Royaume-Uni. Dans les années 1960, la modernité y était globalement inconnue. Les Chagossiens vivaient comme l’avaient fait leurs parents et avant eux leurs grands-parents après l’abolition de l’esclavage. Une douce intemporalité dans des paysages de rêve, des montagnes de cocos, une mer limpide, des plages de couleur de lait, une vie « Où le temps s’écoule sans hâte », comme l’a écrit Shenaz Patel. L’idée que l’on peut se faire du paradis. L’administrateur de l’archipel, basé sur l’atoll de Diego Gracia, n’avait pas beaucoup plus de responsabilités que celles d’accueillir les bateaux ravitailleurs (l’île ne pouvant subvenir à tous les besoins de ses habitants, en particulier en nourriture) et veiller à la production de coprah tout en noyant consciencieusement son ennui dans le whisky. En mars 1967, Gabriel débarque du Sir Jules, fuyant son père, ses désillusions et l’île Maurice qui l’a vu naître. Secrétaire de l’administrateur n’est pas un poste bien glorieux pour ce fils de famille, mais cela lui permettra de retrouver la paix, du moins le pense-t-il. Mais la vie de Gabriel va se trouver intrinsèquement liée aux dramatiques événements qui vont bouleverser le destin de Diego Garcia et de ses habitants. Très rapidement le jeune homme était tombé amoureux fou de Marie-Pierre Ladouceur, la belle Chagossienne à la peau d’ébène. Malgré les avertissements et les remontrances de l’administrateur, il avait affiché et assumé  leur liaison et quand un enfant s’était annoncé, son bonheur avait été immense. Qu’importent leurs différences ! L’amour n’a ni frontière ni couleur. La vie devenait belle et douce comme cette merveilleuse île. Jusqu’au jour où les Britanniques louèrent Diego Gracia aux Américains. La guerre Froide nécessitait une base militaire dans l’Océan Indien. L’enjeu était capital et qui cela gênerait-il ? Quelques indigènes sur leurs cailloux ? Allons ! On les relogerait sur Maurice ou aux Seychelles, leur quotidien n’en serait pas vraiment bouleversé. Le sort des Chagossiens était scellé sans que quiconque ne pense leur demander leur avis ! En raison de ses fonctions, aussi peu importantes soient-elles, Gabriel avait été informé de la tragédie qui allait se jouer, mais il lui avait été interdit de prévenir qui que ce soit. Et la vie du jeune homme, de sa compagne adorée et de tous les îliens avait basculé dans l’indifférence, et/ou l’ignorance, générales.

Caroline Laurent, dont l’histoire personnelle est traversée par celle des îles Chagos, rend enfin justice aux Chagossiens qui se battent toujours pour leur archipel.

Son roman haletant, puissant et engagé, ne peut laisser aucun lecteur aux rivages de la colère, celle-ci ne cessant de monter jusqu’à la stupéfaction. Une histoire d’amour sublime, tragique et révoltante qui ouvre bien des horizons…

L’autrice : Caroline Laurent est franco-mauricienne. Après le succès de son livre co-écrit avec Evelyne Pisier, Et soudain, la liberté (Les Escales, 2017 ; Pocket, 2018 ; prix Marguerite Duras ; Grand Prix des Lycéennes de ELLE ; Prix Première Plume), traduit dans de nombreux pays, elle signe son nouveau roman Rivage de la colère. En parallèle de ses fonctions de directrice littéraire chez Stock, Caroline Laurent a été nommée en octobre 2019 à la commission Vie Littéraire du CNL. (Source Les escales).

Rivage de la colère, Caroline Laurent, Les Escales

logo-commander-le-livre-librairie-lefailler



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.