Les refuges- Jérôme Loubry

Les refugesLe pitch

C’est le troisième roman de cet auteur français qui se renouvelle et nous surprend une fois de plus avec Les refuges après l’excellent Douzième chapitre qui paraît au même moment en format poche.

Comme pour son précédent, la construction des Refuges est des plus habiles. Dans la première partie intitulée « Première balise l’île », nous sommes en 1986 et nous faisons la connaissance de Sandrine. La jeune femme vient de quitter Paris pour la Normandie où elle a trouvé un travail de journaliste à Villers-sur-Mer, une petite commune qu’elle trouve bien calme en comparaison de la perpétuelle agitation parisienne. Dans l’espoir de percer, elle a accepté cette mutation. Elle aimerait que ce job soit un tremplin pour sa carrière. Mais un matin, son patron la convoque. Craignant d’être licenciée, elle apprend la mort de sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue. Le notaire de Suzanne, sa grand-mère, a sollicité un rendez-vous avec Sandrine par rapport au testament de la défunte. Son patron insiste pour qu’elle prenne sa semaine. Sa grand-mère vivait depuis bien longtemps sur une minuscule île normande sans plus de contact avec sa famille. L’île se trouve être en fait une réserve naturelle pour oiseaux où les derniers habitants ont l’autorisation d’y finir leurs jours, mais plus personne ne peut venir s’y installer. 

Sandrine se voit délivrer une autorisation de passage pour se rendre sur l’île. Elle a la ferme intention de ne pas y rester longtemps, de vider la maison rapidement puis de rentrer. À son grand désarroi, elle apprend que le bateau faisant la navette entre l’île et le continent est reparti avec le marin et ne reviendra qu’une semaine plus tard. Malgré le chaleureux accueil de l’aubergiste et de Françoise, une vieille amie à Suzanne, Sandrine, à l’instar du lecteur, va vite ressentir une sensation de malaise véhiculée par les comportements étranges de certains îliens et une atmosphère de plus en plus délétère. 
Elle découvre, horrifiée, l’histoire tragique de cette île qui nous est contée par bribes puisque la narration oscille entre 1949 et 1986.
En 1949, nous découvrons la jeune Suzanne qui deviendra plus tard la grand-mère de Sandrine venant d’arriver sur les lieux comme institutrice.
Pendant la guerre 39-45, l’îlot avait été réquisitionné par les Allemands qui y construisirent un blockhaus. Au lieu de le détruire, il fut en 1949 transformé en camp de vacances pour y accueillir les enfants de la guerre, leur offrir ce dont ils avaient été privés pendant le conflit : une nourriture saine telle que de bons chocolats chauds, du grand air, de l’exercice physique et des cours bien suivis.
Malheureusement, cette expérience positive s’est heurtée à un terrible accident qui a mis un coup d’arrêt au projet.

Lors d’une sortie en mer ramenant les enfants sur le continent afin qu’ils puissent revoir leur famille, le bateau a coulé, aucun enfant n’a survécu.
Pourtant, les nombreuses incursions en 1949 semblent décrire une autre réalité, bien plus sombre. Que se passait-il réellement dans ce blockhaus ? Pourquoi certains enfants, apeurés, s’interdisaient de dormir ? Que signifiaient leurs dessins représentant « der Erlkörnig » le fameux « Roi des Aulnes » de Goethe, un personnage effrayant ? Et tant d’autres éléments troublants que nous découvrons peu à peu et qui dessinent une indicible vérité dans une atmosphère de plus en plus glaçante.
Le décès de Suzanne est-il vraiment accidentel ? Pourquoi tous les habitants semblent transis de peur et prisonniers de cette île ? De nombreuses questions taraudent le lecteur et ce d’autant plus que les petits cailloux blancs disséminés tout au long de cette première partie semblent contenir une partie de la réponse. Encore faut-il les déceler et les assembler correctement. 
Un vrai jeu de piste ce roman ! Et encore, il ne s’agit que de la première balise. Dès le début de la seconde partie ou balise, nos questions trouvent une réponse inattendue d’où découle une nouvelle série de questions.
En bref, tout est remis en cause…

 

L’avis d’Anne-Sophie

Ce roman ressemble à des poupées russes : il est construit sur plusieurs strates qui révèlent une facette de la vérité mise en lumière par un savant jeu de trompe-l’œil donnant à son lecteur l’impression d’avoir saisi le fin mot de l’histoire avant d’admettre qu’il s’est fait mener en bateau depuis le début.
Entre thriller et roman d’énigme, Les refuges aux nombreuses références littéraires et historiques, est un roman diablement bien orchestré qui offre une incursion inédite dans la psyché humaine.

 

L’auteur : Jérôme Loubry est né en 1976 à Saint-Amand-Montrond. Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Désormais installé en Provence, il a publié en 2017 chez Calmann-Lévy son premier roman, Les Chiens de Détroit, lauréat du Prix Plume libre d’Argent 2018.

 

Les refuges, Jérôme Loubry, Calmann-Lévy

 

 

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