Les poches du mois : Sucre noir – Ceci est mon sang – Le petit déjeuner des champions

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Le poche du mois

Notre histoire commence à bord du bateau du capitaine Henry Morgan, perché en haut de la mangrove après une effroyable tempête. La mutinerie gronde, la famine menace, mais la coque du vaisseau crèvera avant les hommes, laissant s’échapper un merveilleux trésor, ruisselant d’or et d’épices. 

« Ainsi, les marécages, les passions, les profondeurs de la nature, avalèrent si bien la frégate de Henry Morgan que l’on ne récupéra aucun vestige, et son trésor resta enfoui là, entre des morceaux de voile et le cadavre d’un pirate, conservé dans le ventre des Caraïbes. » 

Les années ont passé. La mangrove s’est asséchée pour laisser place à une plantation de canne à sucre, mais rien n’éteint le souvenir enivrant de ce trésor, qui attire encore à l’occasion des aventuriers et des chercheurs d’or sur la rhumerie toujours plus prospère des Ottero.

« L’avantage d’être pauvre, c’est qu’on peut toujours s’enrichir. »

Voici un roman qui vous fera vivre un grand voyage ! Une épopée familiale aux couleurs chatoyantes des Caraïbes, aux odeurs entêtantes de rhum, d’or, d’épices et d’amours décevantes. Une grande histoire où fourmillent des têtes brûlées qui rêvent de fortune. Le trésor enfoui quelque part sur ces terres promises est à la fois un miracle, un mirage et une malédiction.

« Elle regardait les hommes sans désir ni curiosité, avec courage, comme si elle cherchait sans cesse à mesurer un rapport de force. À quinze ans, on lui en aurait donné vingt. À vingt ans, elle n’avait plus d’âge. »

Marion

Sucre noir, Miguel Bonnefoy, Rivages poche 

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L’essai du mois

« Cette expérience qui, pour être d’une banalité absolue, étaient si peu partagée, si peu racontée qu’on aurait pu croire que les règles étaient au fond un phénomène imaginaire – comme les sirènes ou les licornes. »

Élise Thiébaut s’attaque à un tabou vieux comme les femmes : les règles. (Les menstruations, les ours, les anglais, la mer rouge, les coquelicots, les ragnagnas, la tante Flow… Les ennuis, les emmerdes. Choisissez, les métaphores sont nombreuses).

Dans une démarche légère et déculpabilisante, l’auteure nous présente « une histoire des règles, de celles qui les ont, de ceux qui les font ». Pour lutter contre l’omerta générale sur le sujet, il faut savoir dire, se renseigner, cesser de penser que c’est sale, et parfois pouvoir en rire. Et Élise Thiébaut y arrive si bien ! 

« Si ma mère (qui était communiste) avait su que la coutume de donner une gifle à une jeune fille nouvellement réglée était slave, elle aurait certainement cédé à la tentation de m’en mettre une en chantant l’Internationale. »

Plein de ressources, de culture, de science et d’humour, ce petit précis est à mettre entre toutes les mains. Ainsi, peut-être, les choses changeront et on pourra enfin savoir ce qu’il y a dans les tampons (un indice : pas que du coton, mais parfois du chlore, du mercure, du round-up… Tout va très bien.)

« En Allemagne, la taxe reste à 17%, tandis que le saumon et le caviar sont, eux, taxés à 7% comme des produits de première nécessité. Je suggère aux Allemandes d’essayer de remplacer les serviettes par du saumon et les tampons par du caviar, mais je doute que leurs capacités d’absorption soient aussi satisfaisantes qu’espérées, sans parler des très mauvaises performances gastronomiques des tampons et serviettes qui leur seraient substitués dans les cocktails. »

En un mot : libérateur !

Marion

Ceci est mon sang, Élise Thiébaut, La Découverte

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Le poche du fonds

« Ceci était un revolver de calibre 38. C’était un outil dont la seule fonction était de faire des trous dans les êtres humains. Cela ressemblait à ceci : 

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Dans la région où habitait Dwayne, quiconque en voulait un pouvait se le procurer chez le quincaillier du coin. Les policiers en avaient tous un. Les criminels aussi. Les gens pris entre les deux aussi. »

Attention, OVNI !

Figurez-vous une petite planète, jadis plutôt accueillante, mais dotée de ces petites choses cancéreuses que sont les humains. Figurez-vous, vous qui ignorez tout de ces peuplades hautement absurdes, un livre qui vous présente cette race incohérente en commençant, par exemple, par un vieil auteur de SF reclus publié uniquement dans des revues pornographiques (du nom de Kilgore Trout), et un certain Dwayne qui s’apprête à péter les plombs dans les grandes largeurs. 

Un récit disjoncté, rocambolesque et grinçant qui égratigne sérieusement le vernis d’une Amérique en plein boom, une vraie satire grinçante de l’humanité en général, dont l’obsession pour les minous grands ouverts (non, pas les chats), l’argent, et les flingues rend sa politique internationale résumable en un seul mot : contre-productive. 

« Le Viêtnam était un pays dans lequel l’Amérique essayait d’empêcher la population d’être communiste en lui larguant diverses choses de ses avions. Les produits chimiques auxquels le conducteur faisait allusion servaient à détruire tout le feuillage, afin qu’il soit plus difficile pour les communistes de se cacher des avions.»

Un programme inénarrable, mais je vous garantis des visages ahuris et bien deux ou trois fous-rires ! Kurt Vonnegut et ses personnages sont génialement fous !

Marion

 Le petit déjeuner des champions, Kurt Vonnegut, Gallmeister

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