LES PETITES ROBES NOIRES – Madeleine St John

Les petites robes noires

 

Vendeuses au rayon Robes de Cocktail du grand magasin Goode’s à Sydney, Mrs Williams, Miss Baines et Miss Jacob s’affairent sous la houlette de la redoutée Miss Cartright. Noël approche, les soldes commenceront la semaine suivante, il n’y a donc aucun temps à perdre. Bien sûr, on se permet d’échanger, très discrètement, quelques mots peu amènes sur Magda – Quel curieux prénom! Européen non? – qui, telle une déesse, règne sur les modèles Haute-Couture dans son alcôve rose.

Mais Magda – effectivement européenne, hongroise précisément – est si incroyablement chic, jouit d’une telle autonomie et semble si sûre d’elle, que ni Mrs Williams, ni aucune de ses collègues, ne l’affronteraient, si tant est que leur savoir-vivre le leur permît. Et puis ces dames n’auraient pas la vulgarité d’être des mégères jalouses et cancanières ! Corsetées par une éducation très britannique, il ne viendrait surtout à aucune d’entre elles de s’autoriser la moindre familiarité, s’appeler par son prénom par exemple, et encore moins de faire la plus petite confidence sur ses émotions ou sa vie privée.

Pourtant, quand elles ôtent enfin leur petite robe noire et retrouvent leur foyer, certaines auraient beaucoup à dire pour soulager un cœur bien lourd. Et ce ne sont pas les fêtes de fin d’année et l’arrivée de l’année 1960 qui leur redonnent le moral. Mais qui peut prétendre connaître l’avenir? Une révolution est peut-être en marche…

Publié en 1993 en Australie, où il est devenu un best-seller, « Les petites robes noires » a été adapté au cinéma en 2018 et n’avait jamais été traduit en français. Dans la lignée d’une littérature féminine anglaise à la psychologie affûtée – impossible de ne pas évoquer Barbara Pym, Nancy Mitford ou Vita Sackville-West, Madeleine St John (1941-2006)  brosse avec brio le portrait de femmes prisonnières de conventions sociales écrasantes. Une servitude d’autant mise en valeur qu’elle contraste avec la lumineuse Magda qui savoure chaque instant de la vie. Telles ses aînées anglaises, l’auteur use de son apparente douceur, et de sa réelle empathie envers ses personnages, pour nous charmer. Mais gare ! Ces écrivaines sont remarquablement douées pour nous faire croire qu’on ne lit qu’une gentille histoire.

Les coups de griffe sont acérés, le regard est sans concession et quelques petites phrases sont loin d’être anodines. Sans jamais se départir de l’élégance et de l’humour qui font de sa lecture un vrai régal, ce roman savoureux et optimiste est un formidable antidote à la morosité.

 

L’auteur :  est née en 1941 à Sydney. Après des études aux universités de Sydney, Stanford et Cambridge, elle s’installe à Londres en 1968. Son roman The Essence of the Thing, finaliste du Man Booker Prize, une première pour une Australienne, a été en traduit en français (Rupture et conséquences, Le Mercure de France, 2000). Elle a ensuite refusé que ses textes soient traduits à l’étranger. Madeleine St John, morte en 2006, a été redécouverte en Australie par les éditions Text, qui lui ont redonné sa place d’auteur majeur en publiant ces Petites robes noires, devenu un best-seller et adapté au cinéma par Bruce Beresford  (Source Albin Michel).

Les petites robes noires, Madeleine St John, Albin Michel

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