Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena

 

Le ghetto intérieur

 

Avec Le ghetto intérieur, son dixième roman, Santiago H. Amigorena, injustement privé d’un grand prix littéraire, redonne de manière bouleversante, voix à son grand-père Vicente.

Vicente quitte son pays la Pologne en 1928, il laisse derrière lui  sa mère et son frère. Jeune homme plein d’espoir, il veut construire sa vie loin de l’Europe et de sa famille. En Argentine, où il a immigré, il tombe amoureux de Rosita, se marie, devient père de trois enfants. La vie est belle, presque facile, si ce n’est que les nouvelles de l’Europe développées dans la presse ne sont pas bonnes et que les lettres que sa mère lui envoyait régulièrement et auxquelles il répondait peu, trop heureux de s’être libéré de l’influence maternelle, lui arrivent désormais de manière  sporadique.

Sa famille est enfermée dans le ghetto de Varsovie, et Vicente s’enferme dans sa culpabilité et le silence. Il s’en veut de ne pas avoir insisté pour que les siens le rejoignent en Argentine, passe ses journées à s’interroger sur sa réelle volonté de les intégrer dans la vie qu’il s’est construit en Argentine.

Il s’interroge sur son statut de juif, que les événements européens lui renvoient à la figure : « Comme tous les juifs, Vicente avait pensé qu’il était beaucoup plus de choses jusqu’à ce que les nazis lui démontrent ce qui le définissait était une seule chose : être juif. » . Vicente se noie dans ses interrogations , il monte un mur derrière lequel il se replie  : son propre ghetto intérieur.

C’est un vibrant et puissant hommage que Santiago H. Amigorena rend à son grand-père. Avec une infinie délicatesse, il raconte l’histoire de cet homme que la douleur et la culpabilité avaient presque rendu fou. Avec une économie de mots, hommage encore, peut-être, à son grand-père mutique, il décrit les ravages de la culpabilité et de ce silence, vaine tentative pour tenir à distance la douleur.

Un silence tenace qui a laissé des marques, puisqu’il est au cœur de toute l’oeuvre de Santiago H Amigorena qui révèle écrire pour « combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ».

Ils sont rares et pourtant si essentiels ces livres qui vous labourent le ventre, qui vous poussent hors de votre zone de confort, et vous permettent d’éprouver des émotions aussi profondes qu’inédites, Le ghetto intérieur est de ceux-là. Il est mon essentiel de cette rentrée, c’est un roman que l’on n’oublie pas.

 

L’auteur : Santiago H. Amigorena est né à Buenos Aires en 1962. Après une enfance en Argentine et en Uruguay, il s’installe en France en 1973.
Muet de naissance, il se lance très tôt dans l’écriture. Il a écrit une trentaine de scénarios pour le cinéma dont notamment Le Péril jeune de Cédric Klapisch et Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa.
Il écrit aussi des articles pour La Lettre du cinéma et Les Cahiers du cinéma.
Il a signé les romans : Une enfance laconique (1998), Une jeunesse aphone (2000), Une adolescence taciturne (2002), Le premier amour (2004) (Source Babelio).

Le ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena, P.O.L

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