L’APICULTEUR D’ALEP – Christy Lefteri

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En dépit d’une couverture plutôt jolie, le titre ne m’encourageait pas vraiment à ouvrir ce livre. J’ai une peur terrible des abeilles et  Alep évoque immédiatement la guerre (avant, hélas, le savon )

Ce n’est pas non plus le nom de l’auteure, que je ne connaissais pas, qui pouvait m’encourager. Mais je suis libraire, c’est-à-dire que je me dois de passer outre ce genre de considérations. J’explique cela parce que je sais combien les lecteurs sont sensibles au moindre détail et que l’envie d’un livre peut se jouer sur ces quelques toutes petites considérations, justement.

 L’Apiculteur d’Alep est un très beau roman. Il y est, effectivement, question de la guerre en Syrie. Les bombes, les snipers, la douleur indicible de la mort d’un enfant, la fuite, les passeurs, le froid, la faim, la peur, encore la peur, toujours la peur. Les camps de réfugiés, encore les passeurs, la mer immense, noire et mortelle, la misère, la crasse, la trouille qui n’a plus de nom, le désespoir. Et pire encore.

 Ce roman c’est tout cela, mais c’est aussi, et surtout, une magnifique histoire d’amitié, d’amour et d’espoir. Dévasté par l’assassinat de leur petit garçon et par l’incendie criminel des ses ruches, menacé de mort, Nuri n’a d’autre choix que la fuite. Mais Afra, son épouse, est terrassée par le chagrin et ne veut pas bouger. Ses yeux ne voient plus, pas même une ombre. Nuri devra la convaincre de partir, loin, très loin, jusqu’en  Angleterre, puisque c’est là-bas que les attend Mustafa.

Afra et Nuri prendront enfin la route pour un dangereux périple à l’issu plus qu’incertaine. Mustafa avait ouvert les yeux et le cœur de Nuri sur le monde merveilleux des abeilles. La renommée de leur miel avait dépassé les frontières syriennes et les deux hommes étaient les plus comblés du monde. Tous deux, et leurs familles étaient inséparables, vivre loin les uns des autres était tout simplement impensable. Sans compter les abeilles qui, elles aussi, étaient en danger. Elles disparaissaient, et sans elles, point de vie possible. Il fallait les aider et les sauver. Ne serait-ce que pour cette raison, ils se devaient de  réussir, Nuri en était convaincu. Une vie nouvelle pourrait-elle alors commencer? Les abeilles occidentales les comprendraient-ils ?  Retrouverait-il  Afra qui s’était enfermée dans la nuit du chagrin? Il paraît qu’en Angleterre on trouvait des grenades presque aussi pulpeuses et juteuses qu’à Alep. Afra les aimait tant. Autant que les couleurs qu’elle mettait sur ses tableaux. De son côté, Mustafa guettait et espérait.    Inspirée par son travail de bénévole dans les camps de réfugiés en Grèce, Christy Lefteri nous offre un roman à la fois terrible et plein d’humanité. Dans un style sobre et simple, elle alterne présent et passé par la voix de Nuri, homme courageux, fidèle et intègre s’il en est. Un roman qui ne prétend ne donner aucune leçon si ce n’est celle de ne jamais perdre espoir. Le message n’est pas nouveau, mais personne ne s’en plaindra non plus. Alors, faites fi de vos appréhensions éventuelles envers les abeilles et, surtout, sur les romans qui parlent « encore » de la guerre, vous ne le regretterez pas. Nuri, Afra, Mustafa et tous leurs semblables méritent un petit peu de notre temps…

Véronique

L’autrice : Christy Lefteri est née de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’Université Brunel. En 2010, elle a publié son premier roman, « A Watermelon, a Fish and a Bible ». L’apiculteur d’Alep son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole pour l’Unicef dans un camp de migrants à Athènes.

L’apiculteur d’Alep, Christy Lefteri (traduit de l’anglais par Karine Lalechère), Le Seuil

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