La femme brouillon – Amandine Dhée

Le poche qu’on aime en novembre

« Mon ventre bascule dans le domaine public.
On s’autorise des gestes déplacés en temps normal, on touche mon ventre comme un gris-gris, le dos du bossu, la tête du singe. Moult commentaires, il est petit, rond, carré, vers l’avant, non, vers l’arrière. Plutôt que des ringardes félicitations, beaucoup me gratifient de traits d’esprit sur mon soudain embonpoint, si bien que l’on me répète à longueur de journée que, dis-donc, j’ai sacrément grossi. Je fais preuve à leur égard d’une patience toute maternelle. »
 
Amandine Dhée est enceinte. Si c’est en général un événement heureux dans la vie d’une femme – y compris dans la sienne, c’est aussi un moment où le corps féminin devient encore plus public qu’en temps normal. Alors elle raconte. L’idée selon laquelle toutes les femmes devraient vouloir devenir mère et aimer être enceintes et jeunes mamans. Les jugements, les petites phrases à propos de son ventre, de ses choix, de sa méconnaissance sur certains sujets liés à la grossesse ou à la maternité. Les injonctions sur la façon dont elle devrait vivre cette période, l’allaitement, la manière de s’occuper du bébé, de gérer son couple, les « moi j’ai fait comme ça, tu devrais faire pareil ». Les paradoxes entre maternité et féminisme et la difficulté à trouver sa place quelque part au milieu. Les clichés sur l’amour immédiat et inconditionnel. Sur la place du père. La peur de ne pas être à la hauteur. Avec brio et un peu d’humour, elle déconstruit cette image de mère idéale qui pèse tant dans notre imaginaire collectif… et c’est une grande bulle d’air.
 
Essai-témoignage plus que roman, La femme brouillon est un manifeste pour une maternité où l’on ficherait la paix aux femmes. Une société où l’on arrêterait de prôner le modèle de la mère parfaite qui ne peut qu’être culpabilisant puisque impossible à atteindre. En décrivant son propre vécu, elle met les lecteurs et lectrices face à leurs comportements stéréotypés et leurs idées reçues, eux-mêmes largement appuyés par la société. Un texte engagé et libérateur !

Camille

L’auteure Amandine Dhée est écrivaine et comédienne. L’émancipation, notre rapport à autrui et à notre environnement de vie sont les thèmes récurrents qui marquent son travail, distingué par le Prix Hors Concours pour La femme brouillon en 2017. Son besoin d’exploration des formes l’amène régulièrement sur scène pour partager ses textes lors de lectures musicales ou encore pour y interpréter un rôle dans l’adaptation de ceux destinés au théâtre. 

La Femme brouillon, Amandine Dhée, Folio

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Le poche du fond des rayons

« Xavier tressaille et gémit dans son sommeil. Je l’ai fait s’allonger au fond du canoë, la tête appuyée sur son sac. je l’ai trouvé ce matin sur la grève, frissonnant, à demi-conscient. ce qu’il a vécu là-bas l’a brisé. Il croit que je ne le vois pas planter ces aiguilles dans son bras : ce sont elles, aussi, qui le tuent – mais il y a autre chose, une chose bien pire, qui le consume de l’intérieur et qu’il faut que j’extirpe. S’il ne s’agissait que de trouver, dans les bois, la racine qui convient! Mais c’est un mal que je n’avais pas rencontré jusqu’ici. je dois découvrir le bon remède ou je le perdrai, et il est le dernier de ma famille. »
1919,Gare d’Ontario. Niska, une vieille indienne de la tribu Cree, découvre que l’homme qui descend du train n’est pas celui qu’elle attendait, mais Xavier, son neveu, qu’elle croyait mort sur le front. Le long voyage en canoë qui les sépare de chez eux est l’occasion de revivre les deux atroces années de guerre passées aux côtés de son ami Elijah. L’homme meurtri, guidé par les paroles et les remèdes ancestraux de sa tante, tente de retrouver le chemin de la paix.
«  Tu veux que je te dise ma tante ? » Et je reprends un peu d’eau. « Il y a tellement de morts enterrés là-bas que si les arbres repoussent, les branches porteront des crânes. »
À travers cette douloureuse plongée au cœur de la Grande Guerre et de toute sa barbarie, Joseph Boyden nous conte aussi l’histoire, les rites et les coutumes du peuple indien Cree et redonne à la « Der des ders » sa dimension mondiale parfois un peu oubliée. La deuxième lecture de ce roman fort, parfois brûlant, à l’écriture magnifique et incisive, conforte ce que j’ai pensé la première fois : Le chemin des âmes est un chef d’œuvre !
Denis
L’auteur : D’ascendance amérindienne, écossaise et irlandaise, Joseph Boyden est l’auteur du Chemin des âmes et des Saisons de la solitude (couronné par le prestigieux Giller Prize). Traduit en une vingtaine de langues, il est l’un des romanciers canadiens les plus importants d’aujourd’hui. Il partage son temps entre la Nouvelle-Orléans, où il vit et enseigne, et le nord de l’Ontario (Source Albin Michel).
Le chemin des âmes, Joseph Boyden,  lgf
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