La déposition

 

Le poche qu’on aime en Avril

“La loi, qui connaît mieux la vie qu’on ne le dit parfois, a prévu des cas comme ça. Elle dit que lorsqu’on est le père, la mère, le frère, la sœur, l’enfant ou le conjoint de l’auteur d’un crime ou d’un délit, on ne peut être puni pour ne pas l’avoir dénoncé. Que se taire n’est pas un délit pénal mais un conflit moral qu’il appartient à chacun de résoudre comme il peut. “

1977, Agnès Le Roux, 29 ans, est portée disparue. Le principal suspect est son amant, Maurice Agnelet, un avocat réputé. Si les proches de la jeune femme considèrent qu’elle a été assassinée, son corps n’est pourtant jamais retrouvé malgré une enquête minutieuse, et le suspect a un alibi puisque sa seconde maîtresse indique avoir été avec lui au moment de la disparition. Il bénéficie d’un non-lieu. En 2000, l’affaire est réouverte et après plusieurs condamnations et libérations successives, il est finalement libéré en 2013. Un an plus tard, lors d’une audience au tribunal de Rennes, son fils Guillaume accuse son père de l’assassinat d’Agnès Le Roux, affirmant avoir reçu des confessions de ses parents. Maurice Agnelet est finalement condamné à 20 ans de réclusion.

Après avoir assisté au dernier procès, Pascale Robert-Diard, journaliste dans l’émission de radio “Chroniques judiciaires ” sur France Culture, a rencontré Guillaume Agnelet. À partir de leurs échanges, elle a rédigé La déposition, qui retrace l’histoire de cette affaire du point de vue du fils du coupable. Elle reconstitue toutes les années de Guillaume passées à exister dans l’ombre du père, à douter, à se voiler la face et à défendre cet homme dont il a longtemps cherché la reconnaissance, avant d’en avoir peur. Porté par une écriture incisive, La déposition se lit comme un roman noir, et l’on est saisi par ce personnage qu’est Guillaume, taraudé par la peur de briser sa famille en révélant son secret ou maintenir les apparences en se taisant.

La déposition, Pascale Robert-Diard, Folio

 

 

 

Le poche du fond des rayons

“Mes parents sont inquiets. Je m’en rends compte. Ma mère surtout. Quand je tourne les yeux vers elle, je m’aperçois qu’elle est en train de m’observer. Il y va de mon intérêt présent et futur de la rassurer autant que possible. Mais comment faire ? Comment faire pour qu’une mère cesse de s’inquiéter pour son fils quand elle a toutes les raisons de s’inquiéter pour son fils?”

Frédéric est un garçon singulier. À dix-sept ans, il a de graves problèmes de communication qui l’enferment progressivement dans un monde qui n’appartient qu’à lui. Sa seule manière de comprendre son entourage est d’enregistrer ses paroles avec un dictaphone et de les retranscrire à l’écrit. Après Paris, Oslo et Berlin, il atterrit en Israël avec sa famille. En découvrant l’hébreu, langue qui s’écrit à l’envers et ne se conjugue pas au présent, il croit pouvoir améliorer sa compréhension du langage. Il va alors partir à la rencontre des habitants de Tel-Aviv pour comprendre leur histoire et la relation qu’ils entretiennent avec leur territoire.

A travers un personnage singulier et attachant, l’auteur mène une réflexion sur la notion de territoire, d’identité et de langage. Il nous emmène sur les traces de l’histoire d’Israël en y mêlant l’histoire personnelle de Frédéric, dans une narration alternée entre l’adolescent et son père qui laisse apparaître deux réalités. L’écriture est précise, douce et plonge le lecteur dans les pensées du jeune homme, permettant d’assister à son progressif détachement du monde.

J’apprends l’hébreu, Denis Lachaud, Babel, Actes Sud

 

__________

Camille



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.