Encore vivant- Pierre Souchon

Encore vivant

« J’avais juré, pourtant. Je me l’étais dit. L’HP, plus jamais. C’était pas le genre de serment que je faisais en public, avec force théâtre démonstration, ma volonté revendiquée. C’était plutôt, et c’était pire, c’était costaud, c’était en intérieur quelque chose d’immensément farouche, presque quotidiennement martelé depuis toutes ces années dans mes tréfonds, violemment, jamais, jamais j’y retournerais. Et si j’y retourne, et s’ils m’y collent de nouveau, je les tuerai. »

Pierre Souchon est journaliste, plutôt de gauche. Bien à gauche. Descendant de paysans, il a pourtant épousé Garance, dont l’aïeul n’est autre que Paul Claudel, dont le père très à droite se prend d’affection pour lui, au point de faire des dons au journal Fakir pour lequel son gendre travaille. C’est un type intelligent, Pierre, brillant même.

Un jour, il est retrouvé sur la statue de Jean Jaurès, mâchonnant une branche de buis, en plein délire psychotique. Le voilà embarqué à l’hôpital psychiatrique, où il s’était promis de ne jamais remettre les pieds, après un internement à l’âge de vingt ans. Car Pierre est bipolaire, stabilisé par des médicaments qu’il avait cessé de prendre.

« Ce que je dis, c’est qu’il faut tout le temps extraire l’humanité. Il y en a tout le temps, même si elle est loin, brisée, incertaine – mais elle luit à chaque fois, au bout, au fond du fond. Il faut la traquer, la chercher toujours, l’obliger à se dire, à se découvrir. Et ne retenir qu’elle, et la garder comme un trésor, et l’annoncer. »

Ce livre est son récit. Récit de ce qui l’a mené là et de comment la maladie prend le contrôle, récit des jours à l’hôpital et de ses compagnons qui ne tournent pas très rond, mais c’est aussi une réflexion sur la fin de la paysannerie, sur le grand écart entre la pauvreté du monde agricole et l’opulence de la grande bourgeoisie.

« C’était époustouflant, comme cette aristocratie de l’argent avait retourné tous les trucs de babas cool à son profit. Ils logeaient spacieux à saint-Germain, dans des manoirs et des machins – et ils partaient jouer les miséreux tiers-mondains et audacieux, clochards célestes à American Express, chantant Kerouac et Nicolas Bouvier. Roots, ils étaient roots, ça leur faisait comme une aura. »

Avec Encore VivantPierre Souchon nous offre un récit émouvant et engagé, mais aussi parfois drôle (il n’a pas la langue dans sa poche !) autour de la maladie, la fracture sociale et la lutte des classes. Aussi touchant qu’instructif, ce texte est une très belle découverte.

Encore vivant, Pierre Souchon, Babel

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