Corruption – Don Winslow

 

corruption-don-winslow-librairie-le-failler-1Denny Malone, depuis dix-huit ans, officie dans La Force, une unité d’élite new yorkaise dont les principales missions sont de faire tomber dealers et gangs et de lutter contre la drogue et la criminalité. Autant dire que c’est loin d’être une mince affaire mais Denny Malone a depuis longtemps fait ses preuves. Il adore son métier et ne saurait rien faire d’autre. D’ailleurs, il n’en aurait aucune envie. Il règne en maître dans les rues de New York avec sa brigade. Il est respecté de ses collègues. C’est le roi de Manhattan aussi charismatique qu’acharné dans sa lutte quotidienne.

Pour accomplir cette tâche, dans une vaine tentative toujours renouvelée de faire baisser la criminalité, il semble qu’il faille parfois se salir les mains. Mais jusqu’où peut-on aller sans se compromettre ? Y’a-t-il des barrières à ne jamais franchir ? Alors comment en est arrivé là, le si respecté Denny Malone ? C’est le propos de l’incipit, dès les toutes premières phrases du texte.

« Denny Malone était bien le dernier homme au monde que l’on pouvait imaginer finir dans une cellule du Metropolitan Correctional Center, sur Park Row.

Vous auriez dit le maire, le président des Etats-Unis, le pape… Les habitants de New York auraient parié qu’ils le verraient derrière les barreaux avant l’inspecteur-chef Dennis John Malone.

Un héros de la police.

Le fils d’un héros.

Un vétéran de l’unité d’élite du NYPD.

La Manhattan North Special Task Force.

Et, surtout, un type qui savait où étaient cachés tous les squelettes, car il en avait lui-même enterré la moitié. »

Un flic corrompu jusqu’à la moelle

Denny Malone avait tout pour régner en maître sur Manhattan mais il tombe dans les mêmes travers que ceux qu’il combat quotidiennement. Il est corrompu jusqu’à la moelle. Tout semble basculer lorsque lui et ses hommes, lors d’une descente, décident ensemble de garder la drogue qu’ils ont trouvée. Et il ne s’agit pas de menu fretin puisqu’il y en a pour des millions de dollars.

Seulement, si Malone est très doué, il n’en est pas moins faillible et lorsque le FBI le coince bêtement, il devient immédiatement la cible à abattre sauf s’il accepte de coopérer.

Sa deadline personnelle, sa dernière limite à ne franchir sous aucun prétexte : c’est celle de la trahison ultime, livrer ses collègues, ses alliés, ses frères. Ils sont sa famille, ils se sont juré allégeance et même davantage : l’un est le parrain de ses enfants et ils se sont promis d’être présents pour leurs familles respectives en cas de pépin.

Malone a beau connaître beaucoup des secrets de certains des puissants de la Ville, cela suffira-t-il à lui permettre de se sortir de cette impasse ? Et plus inquiétant, comment a-t-il pu renier tous ses préceptes qui étaient le fondement même de son métier ?

« Russo et toi, vous vous êtes regardés et vous avez raflé les billets.

Vous n’en avez jamais parlé.

Mais une ligne venait d’être franchie.

Tu ignorais qu’il y avait d’autres lignes.

Au début, l’occasion faisait le larron : du fric abandonné par des dealers dans leur fuite, des faveurs ou du cash offerts par une tenancière de bordel pour que tu regardes ailleurs ou que tu ouvres l’œil, une enveloppe remise par un bookmaker. Tu ne cherchais rien, tu n’étais pas en chasse, mais tu ramassais tout ce qui se présentait.

Quel mal y avait-il ? Les gens aiment jouer, les gens aiment s’envoyer en l’air.

Bon, d’accord, peut-être qu’ensuite, en arrivant sur un cambriolage ou un braquage, tu prenais un truc laissé par le voleur. Personne n’en pâtissait à part la compagnie d’assurances, et on ne connait pas pires escrocs. »

Un roman réaliste et sans concession

Quel héros que ce Denny Malone et quel roman ! À la fois humain et entaché par des choix plus que douteux, l’on ne peut s’empêcher d’éprouver un vif intérêt et une réelle compassion pour lui. Les personnages secondaires sont également fortement incarnés. Le récit est d’un tel réalisme que cela donne à croire que Don Winslow a réellement infiltré ce milieu pour en parler aussi justement.

Sans concession, voici une histoire où l’on ne reprend pas notre souffle, pris dans cet engrenage de corruption et de violence sans fin. La philosophie de vie est exprimée sans ambages et de manière glaçante et crue.

« Si ce n’était pas moi, ce serait quelqu’un d’autre, se dit-il. Une fausse excuse vieille comme le monde. Mais elle est vieille comme le monde parce qu’elle est vraie. »

« Pourquoi les méchants seraient-ils les seuls à gagner de l’argent ? Ceux qui torturent et qui tuent. Pourquoi on ne se ferait pas un peu de fric, Russo, Monty et moi ? Pour assurer l’avenir de nos familles ? »

Un grand Don Winslow à ne pas manquer !

 

L’auteur : Don Winslow est l’auteur de dix-neuf romans traduits en une vingtaine de langues, dont les best-sellers Cartel (Seuil, 2016) en cours d’adaptation au cinéma par Ridley Scott, et La griffe du chien (Fayard Noir, 2007). Il vit en Californie.

Corruption, Don Winslow (traduit de l’anglais par Jean Esch), Harper Collins

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